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Comment construire une plateforme numérique pour les villes ?

La ville-plateforme, tout le monde en parle, mais de quoi s’agit-il exactement ? J’ai donné cette semaine une conférence sur ce thème. L’occasion de développer mes thèmes favoris : le modèle des plateformes, la mobilité et la ville.

Les services de votre ville seront-ils un jour créés, délivrés et consommés au travers d’une plateforme numérique ? Et si oui, laquelle ?

C’est la question à laquelle j’ai tenté de répondre cette semaine lors d’une intervention pour The Camp, devant un parterre de dirigeants d’un grand groupe international.

Cette présentation s’insérait dans le délicat thème du Futur des Technologies, pour lequel mon approche a toujours été : “ne perdons pas de temps à chercher quelle sera la prochaine technologie, mais plutôt par qui et comment elle sera distribuée”. Car, comme disait Wiliam Gibson : “le futur existe déjà, il n’est juste pas encore arrivé jusqu’à vous” (“Future is already here – it’s not evenly distributed”).

Vous trouverez le support de ma présentation (en anglais) au bas de l’article. En voici le résumé + quelques ressources si le sujet vous intéresse :

1. La chute de Nokia

S’agissant d’une présentation orale de 20 minutes, je me suis autorisé quelques “trucs de conférenciers”, en particulier celui d’évoquer le cas Nokia. Tout le monde connaît Nokia, et beaucoup ont eu un 3310 dans leur poche. La chute du géant finlandais – de 65% à 5% de parts de marché en quelques années – est une bonne entrée en matière pour comprendre l’impact que peuvent avoir les plateformes numériques sur un business. “Nous n’avons pas été battu par un meilleur téléphone, mais par un écosystème tout entier” : le célèbre discours de Stephen Elop au Mobile World Congress de 2011 (photo) sonne comme une épitaphe pour Nokia dans les smartphones.

Pour aller plus loin, lire notre article : Votre plateforme brûle-t-elle ?

2. Les clés du succès d’une plateforme numérique

Toute “infrastructure programmable sur laquelle des logiciels peuvent être construits et tourner” n’est pas une plateforme numérique au sens GAFA du terme. Nous avons détaillé 6 attributs indispensables pour assurer attractivité, rentabilité et scalabilité d’une plateforme.

La présentation insiste aussi sur la qualité des ressources que les plateformes mettent à disposition de leurs utilisateurs, même lorsque ceux-ci sont des concurrents. Le cas de Google Maps, classée parmi les meilleures applis sur iOS, est exemplaire. La qualité des échanges ENTRE utilisateurs est également un signe de succès de la plateforme. Ce n’est pas pour rien si Microsoft a acheté au prix fort la plateforme GitHub cette année.

Pour aller plus loin, lire S’il te plaît, dessine-moi une plateforme numérique

et À vendre, communauté parfait état

3. Les plateformes automobiles sont au coin de la rue

Les trois disruptions majeures de l’automobile – l’électricité, le logiciel et l’autonomie – vont renforcer la “plateformisation” du secteur. En effet, sans intégration poussée des logiciels, pas de véhicule connecté, et ne parlons pas d’autonomie. Quand à la motorisation électrique, un de ses effets indirects est d’ouvrir considérablement le marché : de nouveaux acteurs construisent ou assemblent des éléments achetés ailleurs. Pensez à Dyson ou la Poste allemande, qui ont annoncé récemment construire leurs propres véhicules. À l’image de Tesla, l’électrification pousse en réalité vers de multiples plateformes : moteurs, batteries, chargement, connexions aux infrastructures, aux données,…dans un marché dont tous les yeux sont tournés vers la Chine. Mais pour l’instant, contrairement au mobile, aucun standard n’émerge.

Pour aller plus loin, lire La mobilité est-elle soluble dans le numérique ?

4. Et si votre ville devenait une plateforme ?

Les villes sont déjà des plateformes, au moins physiques : le sol, les réseaux, les règles de construction et de circulation, les immeubles, les véhicules, les utilisateurs,…

Pour le moment et malgré les efforts de tous les responsables marketing, la smart city n’a pas percé, en tout cas pas sous le modèle d’une plateforme comparable à celles décrites auparavant. Nous nous contentons d’observer comment les tech companies, Uber et Google en tête, procèdent pour pénétrer le marché : utiliser les données comme monnaie d’échanges, s’adresser aux développeurs plutôt qu’aux décideurs, proposer des services directement utilisables par les startups et les autres acteurs technologiques.

Et pour finir, le bouquet final : le projet Waterfront de Google à Toronto, véritable vitrine technologique.

Lire : Google fait de Toronto son laboratoire de la ville du futur.

Fidèle à ses habitudes, Google commencera par expérimenter, apprendre, avant peut-être d’ouvrir ses solutions à des tiers. Personne ne peut dire s’ils parviendront à franchir les multiples obstacles et si les solutions développées seront scalable à d’autres villes. Mais ce dont on peut être certain, c’est qu’en cas de succès, leur outil de conquête ne sera pas leurs solutions mais une ou des plateformes sur lesquelles des tiers pourront créer, diffuser et consommer leurs produits.

Le support de présentation est ici :

(merci à l’équipe de The Camp pour votre accueil)

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Image d’en-tête : bornes wi-fi disposées par Google à Manhattan en remplacement des vieilles cabines téléphoniques.