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Pitch & Love (mon weekend en Startupie)

J’ai participé pour la première fois à un Startup Weekend du 28 au 30 mars à Rennes en tant que mentor. Un bien beau moment. Je vous livre ici mes premières impressions et retours d’expériences.

Un StartupWeekend (dites « SUW » ou « SW »), c’est une grosse centaine de personnes réunies pendant 54 heures dans le but de créer des projets de startups.

Concrètement il s’agit de concevoir un produit ou service, imaginer son modèle d’affaires et  le « vendre » à un jury qui joue le rôle d’investisseurs potentiels.  Au final, pas d’argent à gagner ni de lendemains californiens. Juste le plaisir d’apprendre et de construire ensemble un projet auquel on croit. Une parenthèse dans sa vie d’étudiant(e) ou de salarié(e). Ou peut-être un tremplin pour créer sa propre startup.

picto "startup" par FivebyFive (Nounproject)

picto « startup » par FivebyFive (Nounproject)

Une douzaine d’équipes se forment dès le vendredi autour de leur projet. Certaines personnes se connaissaient avant. D’autres se rallient après la première présentation. Les sujets proposés sont très variés (voir les sujets ici). 

Pour un mentor, le week-end passe vite. Une première soirée le vendredi pour faire connaissance, un passage dans la journée le samedi, une partie de la nuit pour approfondir et le dimanche arrive déjà avec la préparation des oraux. Mes impressions ne sont par conséquent que l’expression de ma propre vision, forcément partielle et incomplète.

1. Le pitch : comment convaincre en situation de compétition ?

Dans un StartupWeekend, le livrable c’est le pitch.

Le mot pitch vient du monde du cinéma. C’est « une synthèse de l’histoire d’une œuvre de fiction en une phrase, ou un petit paragraphe » (Wikipedia). Par exemple : « dans la France occupée par les Allemands, un chef d’orchestre colérique et un gentil peintre en bâtiment parcourent la Bourgogne pour sauver un parachutiste anglais ».

En Startupie, un pitch  synthétise le projet entrepreneurial d’une start-up en un petit paragraphe de 45 s (elevator pitch). On parle de « pitch de l’ascenseur » pour le cas précis où vous croiseriez  Bill Gates dans l’ascenseur de votre bureau et auriez envie de lui parler de votre projet…  Un pitch est par conséquent direct et concis. Il doit marquer l’auditoire et convaincre.

elevator-pitch
Regardez par exemple le tout premier pitch dAirBnb ici.  À l’époque ils s’appelaient encore « Airbed and Breakfast » (matelas gonflable et petit déjeuner) mais leur pitch était impeccable. Gardez espoir.

Pas d’ascenseur dans notre SUW rennais. Notre maître de cérémonie Quentin accorde généreusement aux candidats une minute pour le premier pitch du vendredi et 4 minutes pour le pitch final dimanche soir. Les retardataires sont sanctionnés d’un extrait musical d' »Eye of the Tiger » à 110 dB.

Le premier pitch sert à sélectionner les premiers projets amenés par les participants. Il est donc préparé auparavant dans la plupart des cas.

Le pitch final est très différent. Pour l’équipe, c’est une sorte de réveil brutal. Alors que tout n’est pas forcément clair et que peu de choses sont finalisées, il faut : organiser ses idées, imaginer un support et surtout, les présenter.

Former aux présentations orales faisant partie de mon métier, j’ai essayé de faire passer quelques conseils auprès des apprentis pitcheur(se)s  : 

Gérez votre temps : rien ne sert de mettre le ou la graphiste à la recherche de gifs animés dès le vendredi; en revanche, gardez du temps à la fin pour répéter votre pitch dans des conditions proches du réel :  pour info Steve Jobs consacrait une heure de répétition pour chaque minute de présentation (OK, vous n’êtes pas Steve Jobs)

Incarnez votre projet :  servez-vous des émotions. Les vôtres et celles des autres. Le jury doit sentir immédiatement le « pourquoi » de votre projet (lien vers S. Sinek).

mes profs
Exemple : pour le projet Mes Profs, l’orateur introduit son pitch par une photo sympa avec soeur : « ma soeur est prof débutante, elle se sent isolée ». Il veut l’aider. Le message passe.

Pour ListenGoFast (le vainqueur de notre SUW), Samuel arrive avec sa serviette de sport autour du cou. Il parle de ses compétitions passées. Le message passe.

 

Jouez votre rôle : un pitch n’est pas un travail écrit que l’on présente à l’oral. Ce n’est pas non plus une voix off qui commente des slides réussis. C’est un moment que l’on partage avec d’autres. N’apprenez par coeur que les 3 premières phrases. Le reste viendra naturellement. N’en faites pas trop, soyez vous-même (comme Steve Jobs)

Soyez clairs et directs : on ne retient que 10%  à 20% de ce qu’on entend; pensez à bien énoncer votre message dès le début, et rappelez-le à la fin; le reste sera oublié. Votre message doit pouvoir s’écrire sur un 4X3 et être compréhensible par un(e) inconnu(e).

Adressez-vous au public : pensez à qui vous parlez, à ce qui peut les toucher, regardez-les et servez-vous de leurs regards; vous pouvez bien sûr adresser des questions à la salle, mais faites-le utilement (vous pouvez par exemple éviter le classique « qui a un smartphone ? »);

Attention aux questions :  le jeu des questions/réponses après le pitch marque les esprits bien plus que le pitch lui-même; ne vous faites pas piéger : travaillez vos questions/réponses avant; vous pouvez aussi gardez certaines infos pour ce moment.

Un bon pitch ne garantit pas la victoire, mais il peut fortement y contribuer.
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2. Le Business model : vous êtes là pour créer une activité économique dans la vraie vie (si tout va bien)

Le support n°1 du SUW (à part le Red Bull), c’est le business model canvas.

Le « canvas » d’Alexandre Osterwalder est sur tous les murs. Le livre circule. Une formation spécifique a lieu durant le week-end.

Bien peu de participants cependant semblent le connaître et encore moins l’avoir pratiqué. Résultat : le travail sur les business models porte surtout sur la proposition de valeur, les canaux et les segments de clientèle. Beaucoup moins sur la « partie gauche » du canvas – activités, ressources, partenariats, coûts. On ne peut pas tout faire en un week-end.

[Mise à jour : depuis le SWR, nous avons produit cet article « le business model canvas pour les Nuls » qui est devenu un des plus lus du blog]

Personnellement, je suis intervenu auprès des équipes en m’appuyant les 4 questions de Steve Blank (à lire et relire ici) ;

1) Quel est le problème que votre solution prétend résoudre ?

2) Les personnes que vous visez sont-elles conscientes de ce problème ?

3) Sont-elles prêtes à payer pour le résoudre ?

4) Sont-elles prêtes à vous payer vous (= votre solution) pour le faire ?

En effet une erreur classique est de prétendre résoudre un problème d’envergure planétaire mais dont peu de gens sont conscients et surtout, dont tout le monde pense que c’est à l’autre de s’occuper (exemples : la gestion des déchets, la paix dans le monde, les tâches ménagères).

La meilleure méthode consiste à d’abord bien réfléchir à « son problème » avant de penser à sa solution. Puis à aller rapidement tester cette solution, et apprendre sur le problème, auprès d’utilisateurs potentiels. Attention « tester » ne veut pas dire : interroger et chercher l’approbation. Tester veut dire : observer et mesurer.

J’ai par exemple conseillé à l’équipe MyHomeStage de créer une page Facebook invitant leurs amis à un concert (bidon) chez un particulier. À 1 heures du mat’ leurs amis ne dorment généralement pas, surtout un samedi.

Une heure après, l’équipe était encore en train de réfléchir à la meilleure manière de rédiger le texte de leur page pour ne pas se « faire pourrir par leurs potes ». Une belle expérience de « design de services » pour insomniaques.

MestesBottes est allé rencontrer les producteurs locaux directement sur le Marché des Lices du samedi matin, tandis que ListenGoFast se rendait sur le chemin de halage à la rencontre de coureurs essouflés….

Ne gardez pas votre idée pour vous, « GET OUT OF THE BUILDING » (sortez de votre bureau) pour la tester en vrai avec de vrais gens.

3. (Et surtout) Love 

En quelques dizaines d’heure vous devez fonder une équipe, la faire marcher, donner vie à votre projet, le regarder mourir puis renaître. Le tout en s’amusant. Comment cela peut-il fonctionner ?

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Il y a les mentors, avec notamment les « agilistes » (lien vers l’asso) qui savent vous remettre dans le bon sens une équipe brouillonne et/ou désorientée. Indispensables les agilistes.

L’organisation, gérée par les infatigables responsables de la Cantine Numérique de Rennes. Et bien sûr la logistique, confiée à l’association StartYouUp de l’ESC Rennes : galettes saucisses et baby foot à volonté.

 

Mais il y a aussi et surtout un maître de cérémonie, qui représente l’association organisatrice SUW.

Notre maître de cérémonie à nous, c’était Quentin Adam, alias @waxcze

quentin waxzce

Disons que Quentin est :

décalé (un peu) : son look de DJ-hacker dénote par rapport aux étudiant(e)s en informatique qui peuplent le SUW. Pour autant, notre Mr Loyal  maîtrise comme personne l’art de la parole et de la gestion de groupe. Indispensable pour motiver les troupes après une dure semaine de boulot.

directif (parfois) : c’est lui qui lance le weekend, debout sur une chaise pendant le « icebreaking » (un tournoi effréné de « pierre-feuille-ciseaux ») ; lui qui distille le tempo tout au long du weekend et veille au bon déroulement. Lui encore qui gère l’ambiance musicale (Eye of The Tiger) et visuelle avec des slides remplis de dragons animés.

décisif (toujours) : sa ressemblance avec son ami Oussama Ammar ne s’arrête pas à la faconde; lui aussi sait redresser les business models vacillants ou défaillants et relancer les équipes fatiguées.

 Un bon conseil : prévoyez un Quentin si vous voulez réussir votre SUW.

En conclusion je citerais Daniel Gerges qui était mentor également pour la première fois. Daniel a été invité à parler au micro devant la salle, juste après la remise des prix : «  Ça m’a fait du bien d’être avec vous. J‘ai adoré ce week-end, j’ai adoré cette énergie. » Salut Daniel et à l’année prochaine :))

[mise à jour] J’ai trouvé cette excellent présentation destinée aux designers qui participeraient à un startupweekend. Jolie et pertinente !

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